Hypothèse A
L'hypothèse pharmacologique
Jeudi posséderait des propriétés thérapeutiques intrinsèques. Cette hypothèse a l'élégance d'expliquer les résultats et le défaut d'être manifestement fausse.
Statut : écartée
Cabinet du Dr Villard — Publication scientifique
Étude longitudinale d'un remède universel, par le seul praticien qui l'ait jamais prescrit.
Prochaine fenêtre thérapeutique
calcul en cours…
Résumé
A. VILLARD1
1 Cabinet médical, La Buisse (38500). Aucun conflit d'intérêt, aucun financement, aucun comité de lecture, aucune relecture.
Contexte. Le report d'une consultation au jeudi est prescrit quotidiennement au cabinet de La Buisse depuis une durée que l'auteur situe « entre trente et quarante ans ».
Méthode. Observation non randomisée, non contrôlée, non consignée, de l'ensemble des patients auxquels il a été dit d'attendre jeudi.
Résultats. Dans la très grande majorité des cas, le symptôme avait disparu avant jeudi. Dans les autres, le patient est revenu le jeudi, ce qui valide la méthode par un autre chemin.
Conclusion. Jeudi fonctionne. L'auteur ignore pourquoi et déclare ne pas souhaiter le savoir, « des fois que ça s'arrête ».
Discussion
Plusieurs hypothèses concurrentes ont été avancées. Aucune n'a été tranchée, l'auteur ayant refusé de participer aux travaux.
Hypothèse A
Jeudi posséderait des propriétés thérapeutiques intrinsèques. Cette hypothèse a l'élégance d'expliquer les résultats et le défaut d'être manifestement fausse.
Statut : écartée
Hypothèse B
Ce ne serait pas jeudi qui soigne, mais les trois jours qui le précèdent — durée moyenne d'une affection bénigne livrée à elle-même.
Statut : probable
Hypothèse C
« Attendez jeudi » serait une manière polie de dire « ce n'est rien ». Le patient l'entend, comprend, et ne revient pas.
Statut : probable
Hypothèse D
Le Docteur aurait autre chose à faire le mardi et le mercredi. Cette hypothèse, soulevée par son épouse, n'a jamais reçu de réponse officielle.
Statut : non commentée
Annexe I
À l'usage des patients souhaitant calculer eux-mêmes leur délai thérapeutique, sans déranger personne.
| Vous consultez un | Délai avant jeudi | Interprétation clinique |
|---|---|---|
| Lundi | 3 jours | Délai idéal. C'est le jour où la doctrine donne son plein rendement. |
| Mardi | 2 jours | Correct. Le Docteur ajoutera « vous voyez, ça vous laisse le temps ». |
| Mercredi | 1 jour | Limite basse. Peut être requalifié en « attendez jeudi prochain ». |
| Jeudi | 0 jour | Cas singulier. Voir Annexe II, « Le Paradoxe du Jeudi ». |
| Vendredi | 6 jours | Le plus long délai possible. Évitez de tomber malade le vendredi. |
| Samedi | 5 jours | Vous le croiserez au marché avant. Cela compte comme une consultation. |
| Dimanche | 4 jours | Si c'est grave le dimanche, ce n'est plus un cas pour jeudi. Voir le 15. |
Annexe II
Problème ouvert
Que se passe-t-il lorsqu'un patient consulte un jeudi et se voit prescrire d'attendre jeudi ?
Trois écoles s'affrontent. La première soutient que le patient doit attendre le jeudi suivant, soit sept jours — ce qui fait du jeudi le pire jour pour consulter, alors qu'il est présenté comme le meilleur.
La deuxième soutient que la prescription est immédiatement satisfaite, le patient étant déjà jeudi, et qu'il doit donc être soigné sur-le-champ.
La troisième, majoritaire au cabinet, soutient qu'il ne faut pas poser la question au Docteur parce qu'il répondra « ah bah alors c'est bon » et passera au patient suivant.
« Je n'ai jamais dit que jeudi soignait.
— Dr A. Villard, interrogé sur sa méthode
J'ai dit d'attendre jeudi. Ce n'est pas pareil,
et c'est toute la médecine générale. »